FENIX Story #1 : Renaissance

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Mort et résurection d’un runner au passé chargé.

Le tir de shotgun atteint l’homme à la poitrine, l’envoyant voler à travers l’embrasure de la porte.
« Putain d’amateur », lance-t-il.
Son armure ne lui avait pas été d’un grand secours, à moins de trois mètres de l’arme. Il avait pris le tir de plein fouet, celui-ci déchiquetant son armure au niveau de la poitrine. La cage thoracique quasi-défoncée, il perdit connaissance.

***

« Ben dites moi, avec tout l’attirail que je vous ai posé dans le ventre, y a de quoi s’amuser ! Vous avez trouvé un nouveau boulot ?
— J&B, vous ai-je déjà posé la question pourquoi un toubib aussi compétent que vous officie dans l’arrière-boutique miteuse et illégale d’un vendeur d’organes de troisième zone ?
— Disons que je n’ai rien dit. Bon, vos implants seront opérationnels dans une semaine, pas avant. N’essayez pas de les utiliser, vous abîmeriez le cyber et votre viande avec. »
L’homme sorti de la « clinique » et monta dans une Americar garée à côté. Effectivement, il avait mal de partout, il faudrait attendre un peu avant d’accepter un boulot.

Une semaine plus tard.
Il conduisait sa voiture de père de famille de classe moyenne pour se rendre au rendez-vous avec le Johnson.
Les temps changent. Maintenant je suis de l’autre côté de la table... et du canon.
Il arriva au Gravity Bar, le lieu qui avait été choisi pour héberger la rencontre. Blanchard, le barman, était une connaissance à peu près fiable. Celui-ci héla l’homme à son arrivée.
« Salut, Lance ! »

Lance Eriksen. Une de ses multiples identités. Lance était censé être mi-Fixer, mi-shadowrunner, natif d’une pays nordique quelconque.

La salle était déserte, le bar venait de fermer. « Bonsoir, Blanchard. Il est là ?
— Il t’attend », fit le barman en désignant un couloir faiblement éclairé derrière lui.
Lance se s’avança dans le couloir jusqu’à la porte du fond devant laquelle l’attendait un rasoir en imper et lunettes de soleil. Ses avant-bras étaient agités de crispations spasmodiques.
Si le Johnson débute lui aussi, ça se présente mal !

M. Johnson... Son ancien nom, son ancienne vie...

***

Novembre 2056, le Club Penumbra, Downtown Seattle, 1h00 du matin.

Dans une arrière salle de la boite de nuit, un homme est assis à une table. Il attend ses futurs « employés ». Blond, sec, sportif, la mise impeccable. Si son visage n’était pas capable d’exprimer autant d’émotions à la suite, il aurait pu passer pour l’archétype du corpo de base. Ce qui n’est pas très éloigné de la vérité.

Allez, mon vieux Karl, c’est ton baptême du feu. Premier run, première équipe. S’agit d’être professionnel, Renraku compte sur toi.

L’équipe de runners entre, le regard méfiant, près à déchaîner la violence à tout instant.
Mes gardes du corps sont bien là ? Parfait, on y va.
« Bonsoir Messieurs. J’ai un travail pour vous... »

***

Finalement, après l’avoir fouillé, et non sans lui avoir « confisqué » son Browning Max Power, le Rasoir le laisse entrer.
L’homme qui l’attend dans son costume Armanté semble directement sortir de son enclave corporatiste. La trentaine méprisante, le regardant de haut. Le parfait trou-du-cul trois pièces.

Bordel de l’autre ! J’avais l’air aussi insupportable ?!
« Lance Eriksen. M. Johnson, je présume ?
— Exact. Il s’agit d’une passe matricielle. Vous avez le personnel compétent à disposition ?
— Aucun problème. »

Effectivement, Kaze posait rarement des problèmes. Par contre, il en avait son lot quotidien. Ils travaillaient en tant que co-équipiers depuis peu de temps, mais se connaissaient depuis plusieurs années.

***

« Je t’assure, pour faire ce boulot, il te faut du matos. Tu vas te faire éparpiller sur les murs sinon.
— J’aurait aimé éviter de me transformer en cafetière ambulante.
— Bof, Shade a regardé ton aura. Elle ressemble plus à rien parait-il.
— Connard.
— C’était nul. Désolé. Bon, je te le présente, ce toubib ?
— Il s’appelle comment ?
— Euh... tu sais, c’était le meilleur, et puis il a eu un problème...
— Son nom.
— ... J&B.
— Comme le whisky ?
— Ben ouais...
— Je suis fatigué tout d’un coup...
— De toute façon, tu dois changer de visage, non ?
— ...C’est quoi l’adresse ? »

***

« M. Eriksen ?
— Oui ? Excusez-moi. Concernant la couverture matricielle, ça ne pose aucun problème.
— De plus, un minimum de puissance de feu est requis, en cas « d’imprévus ».
— Des difficultés particulières en prévision ?
— Je me méfis. »
Ben voyons. Tu ne me dis pas tout.
« Très bien, conclut M. Johnson, demain, 23h00, ici même ?
— Aucun problème. »

Finalement, ce n’était pas le Johnson qui les avait doublés mais lui-même qui s’était fait doubler. Lance s’en était sorti de justesse, mais il avait fini par être payé. Avec un supplément.
Lors du paiement, le runner avait fait au Johnson :
« Même vous vous n’êtes pas à l’abri. Au final, la différence entre vous et moi est très mince. Et le basculement peut se faire très vite.
— Vous m’excuserez si j’ai du mal à me représenter comment un tel changement peut arriver fit le corpo en se levant.
— Bonsoir M. Eriksen. Je réfléchirai à ce que vous m’avez dit », ironisa-t-il en partant.
Penses-y, ça te servira comme ça a pu servir à d’autres.

***

22 Juillet 2058, résidence de Karl S., district de Bellevue, Seattle.

« Allez, les enfants, au lit ! »
Cette injonction ne fut que médiocrement accueillie par Angèle, 6 ans, et Thomas, de deux ans son cadet, qui se passionnèrent subitement pour une émission boursière retraçant l’OPA de la nanoseconde de Damien Knight. Rien n’y fit, Lydia emmena tout son petit monde se coucher, un sous chaque bras.
Elle revint cinq minutes plus tard.
« Karl, va les border.
— Oui M’dame. »
La vie de père de famille est faite joies simples.
Un fois le rude devoir paternel accompli, il revint dans le salon, et songea à son non moins exigeant devoir conjugal.
« Tu sais, on devrait peut-être en faire autant...
— Tu as l’œil vif pour quelqu’un qui a sommeil ! Tu en veux un troisième ma parole !
- Pas toi ? »

Karl fut réveillé par une forte odeur de brûlé. Il secoua Lydia, puis se rendit à la fenêtre. L’odeur ne venait pas de l’extérieur mais de partout autour d’eux. La maison était en train de brûler ! Du coin de l’œil, il perçut vaguement un mouvement à l’extérieur. Mais il y avait plus urgent.
« Les enfants ! » hurla Lydia en se ruant dans le couloir.
Il se précipita à sa suite, mais son cerveau continuait de réfléchir. Quelque chose n’allait pas. Sa maison était équipée de toutes les sécurités possibles et imaginables contre les risques domestiques. La maison était la proie des flammes et celles-ci gagnaient du terrain. Il entendit Lydia descendre l’escalier avec les enfants à la remorque, et ouvrir la porte d’entrée. Subitement, son cerveau embrumé fit le lien.

« Lydia, ne sors pas !! »

Il atteint le haut de l’escalier et le dévala à toute allure. Il vit Lydia sortir de la maison en feu. Le temps lui sembla alors se figer. L’éclat des armes, les combinaisons camouflées et le lance-flammes. Il posait un pied dans l’entrée quand un des hommes tourna son arme vers Lydia et les enfants et fit feu. Karl vit alors une longue flamme embraser sa femme, sa fille et son fils. Leurs cris de souffrance se gravèrent au fer rouge dans son esprit, ainsi que la vision de leurs corps se tordant de douleur sous la chaleur du napalm.
Une poutre enflammée s’effondra alors, l’immobilisant sous les brandons incandescents. Il assista là, impuissant, aveuglé par le sang lui coulant dans les yeux, à l’agonie de tout ce qu’il avait, tout ce qu’il aimait. Son cœur mourut sur le perron. Au bout de ce qui lui sembla une éternité, les corps cessèrent de bouger, les cris se turent, remplacés par les sirènes de la Lone Star. Des ordres en espagnol, une balle tirée à la hâte qui lui érafle la tête, puis, plus rien.

***

Lumière. Vive. Trop. Brûlures, partout.
Il finit par s’éveiller. Une chambre d’hôpital. Enfin, ça y ressemble.
Au bout de cinq minutes arrive un plateau repas tenu par un homme d’une cinquantaine d’année, légèrement bedonnant. Quelconque.
« Monsieur S. ?
— Oui. Enfin, je crois. Où est-ce que je suis ? Et qui êtes-vous ?
— Jack Ryan. Lone Star. Vous êtes à la morgue. Je connais le légiste, c’était le seul toubib que j’avais sous la main. On avait pas le temps de vous transporter. On est pas très loin de votre domicile. Et non, ce n’est pas la procédure habituelle.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
— ...
— Répondez-moi !
— Vous n’avez aucun souvenirs ?, demande doucement le flic
— J’ai fait un cauchemar et... NON !!
— Restez calme. »
Le type lui pose la main sur le bras pour le maintenir. Karl se met à taper du poing, pleurer, hurler, veut se lever malgré ses blessures, mais Ryan le force à rester sur le lit. Au bout de dix minutes il se calme.
« Je ne reviendrai pas sur les faits, vous les connaissez. On n’a pas arrêté vos agresseurs : ils se sont enfuis en hélicoptère et sont sortis de notre juridiction.
— Alors laissez-moi seul, bordel ! Barrez-vous !, lui hurle Karl au visage.
— Ecoutez-moi avant. Ils voulaient tuer tout le monde, mais c’est raté. On peut en profiter pour leur faire croire le contraire...
— Dites pas de conneries !
— Réfléchissez, si vous retournez bosser quand vous serez guéri, qu’est-ce qui va se passer ?
— J’utiliserai toutes les ressources de mon employeur que j’aurai à disposition pour leur faire payer !
— Justement, votre employeur, tout le problème est là. Pourquoi n’êtes vous pas dans une enclave ?
— Ma filiation devait rester secrète.
— Vous êtes protégé alors.
— Oui...enfin d’habitude... »
Une seconde !
Karl repris :
« Vous n’avez pas trouvé de corps à proximité de la maison ?
— Aucun.
— Normalement, trois personnes sont affectées à notre surveillance...
— Pas très performant votre patron.
— ... » Qu’est ce que Renraku a foutu ?
« Je vous repose ma question : est-ce que Karl S., ainsi que toute sa famille, est mort ce soir à Bellevue ? »
Devenir un SINless, une créature de l’ombre. Un de ceux que j’ai fait travailler tout en me croyant différents d’eux... Abandonner mon petit confort corpo... De toute façon il ne me reste rien, ce soir j’ai tout perdu.
« Il est mort.
— Ok, je m’en charge, je vois ça avec le légiste.
— Pourquoi vous faites ça pour moi ?
— Parce que j’ai trois mômes de 10, 15 et 20 ans. Et une femme, aussi. »
Sourire ironique de Karl.
« Alors, ça me va. Vous connaissez un bar ?
— Le Gravity, à deux blocs. Dites à Blanchard que vous venez de ma part. Mais vous sortez pas avant deux semaines. »

***

Le runner finit pas se réveiller péniblement. Une odeur forte lui emplit les narines. Il se retrouve avec un joint entre les lèvres.
C’est quoi ce bazar ?!
Il ouvre les yeux. Une espèce de sosie d’un vieux chanteur de reggae se tient au dessus de lui.
« Ah ! Il revient à lui !
- M. Leymar ? »
Le rasta ouvre des yeux ronds. « T’as pas besoin de me parler comme tu le fais avec les Johnsons, mec !
— Désolé, le passé...
— Bouge tes fesses, FENIX. Pendant que tu pionçais, les autres ont fait le boulot et sont en route.
— Ok. »
Le runner se lève.
Mauvaise idée !!
« Vas-y mollo », lui lance le hoougan. « Tu t’es salement fait amocher, j’ai eu un mal de chien à te ramener.
— C’est donc ça ta spécialité... »
Il regarde autour de lui. La porte béante ouvre sur ce qui devait ressembler à un labo. Au milieu des instruments renversés durant l’affrontement, le corps de l’ork qui lui avait tiré dessus au shotgun se vide de son sang.
Première fois que je la vois utiliser ses griffes. Beurh...
Il ramasse son arme. Un Predator III.
« Bobby, qu’est-ce que c’est que ce truc. On peut pas dire que ce soit très classe. C’est d’un commun...
— Et se faire gerber à travers la porte comme un amateur, c’est classe ?
— Pas faux. On y va. Ils doivent nous attendre. »

Les deux hommes remontèrent le couloir de l’université désormais silencieuse.

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FENIX Story 1 - Renaissance
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