FENIX Story #2 : Réapparition

Accueil > Le Sixième Monde > Nouvelles > FENIX Story #2 : Réapparition (par Fenix)

Suites des aventures de FENIX, entre un quotidien polymorphe et des fantômes du passé plutôt tenaces.

4 Mars 2062, disctrict de Tacoma, Seattle, 16h30.

Le bruit de la circulation filtre doucement à travers les vitres du petit trois pièces-cuisine de Mark Jackson, situé dans Tacoma, l’ancienne banlieue ouvrière de Seattle. Néanmoins, l’implantation massive de bureaux corporatistes laisserait penser que l’afflux de capitaux transformera l’économie locale sous peu. Les murs couleur sable rendent les pièces assez claires, ce qui est un minimum dans une ville où la pluviométrie atteint régulièrement des records. L’ameublement est limité et la décoration spartiate : un canapé, une table basse, un poste de travail. Au mur, une affiche d’une équipe d’Urban Brawl, celle où joue cette fameuse elfe aux cheveux violets, et sur la table basse, une photo où sourie innocemment une petite famille.

Sur le poste de travail, un homme est en pleine prise de commande et Dispatching pour une corporation française de VPC, « L’Eveil de la Redoute ». D’une taille dite classique, environ un mètre quatre-vingt, sa musculature laissent supposer des activités autres que le simple télétravail. Ses cheveux blonds ébouriffés, habituellement coiffés en brosse, lui tombent sur le front, recouvrant la cicatrice lui barrant l’œil gauche. Il tend la main, et se saisit d’une bouteille de scotch pratiquement vide, qu’il termine au goulot.
La dernière. Va falloir que je refasse le plein. Monde de merde.

Il repose d’un geste dégoutté la bouteille à côté de lui et s’apprête à reprendre son pianotage quand un des cinq vidéophones posés sur le bureau sonne.

« Lance ? C’est Blanchard.
— Salut, Blanchard, comment vont les affaires ?
— Pas mal, je ne me plains pas. Et puis les Yaks du coin se sont fait casser la figure, alors ils me foutent la paix. Que demander de plus ?
— Je vois. Tu m’as juste appelé pour boire un verre à l’œil chez toi ou tu avais autre chose en tête ?
— Nan, j’ai un boulot à te proposer. Corporate à souhait, je me suis dis que ça te plairait. »

Un rictus désabusé passe fugitivement sur le visage du runner.
Ca va finir par se voir...

« Quel genre ?
— Infiltration et vol de données. Plus classique, tu meurs.
— Justement. Quelle heure ?
— Ce soir, 23h00, comme d’habitude ?
— Parfait. Besoin de monde ?
— Un decker, plus toi.
— A ce soir alors.
— Bye, Lance. »

La connexion se coupe, l’homme tend à nouveau la main vers sa bouteille.
Et merde...Bon, quelle heure est-il ? J’ai le temps de passer au Stuffer Shack ? Je suis tombé bien bas pour en être réduit à leur whisky de contrebande ! Mais d’abord...

Il compose un numéro sur son vidéophone. La communication est prise immédiatement.
« FENIX. Ca boome, vieux ? », répond une eurasien d’une trentaine d’année, doté d’un datajack. « Bof, comme d’hab.
— Déprime, donc.
— Voila. J’ai du boulot pour toi.
— Quel genre ?
— Site corporatiste, infiltration avec vol de données. Il me faut une couverture et quelqu’un pour faire la passe.
— Micro-ondes ?
— Qui sait, on aura peut être même du Maser...
— On peut rêver. Je marche. Tu me tiens au courant.
— Je te rappelle ce soir.
— Gaffe à toi.
— Toi aussi, Kaze. »
Maintenant, ce fameux whisky...

***

4 Mars 2062, le Gravity Bar, Seattle, 23h00.

FENIX gare sa Ford Americar à proximité du bar et parcourt la distance le séparant du débit de boisson à pieds. Le bar, situé dans Downtown, est un endroit discret, connu pour sa propension à héberger des rencontres relatives à un certain milieu professionnel. Le patron, un type nommé Blanchard, dont le bras gauche a été remplacé par une antique prothèse cybernétique russe au fonctionnement capricieux, arrondit ses fins de mois en proposant à ses clients des « salles de réunions », équipées du tout dernier équipement de contre-mesures de surveillance : générateurs de bruit blanc, détecteurs de micro, parois insonorisées.
La pluie tombe à verses en cette fin de soirée, chassant les quelques promeneurs attardés dans les rues vers le confort douillet de leurs enclaves corporatistes. Secouant son imper gris trempé, FENIX entre dans le bar. Il entend alors un son discret aux accents jazz s’échapper des enceintes disposées aux angles. La pièce est sombre, uniquement éclairée par les lampes reposant sur les tables situées dans les alcôves, de chaque côté du comptoir. Derrière celui-ci, Blanchard essuie précautionneusement un verre, tenu par sa prothèse.

« Monsieur Eriksen. Comme d’habitude ?
— Bonsoir, Blanchard. Comme d’habitude, en effet. »

Un verre rempli d’un whisky écossais de quinze ans d’âge, Single Malt, ne tarde pas à apparaître entre les quatre doigts du bras cyber du barman.

« Voici.
— Merci. »

Le runner sirote lentement son whisky, perdu dans ses pensées, des souvenirs vieux de quatre ans lui revenant en tête, les trois semaines passées dans ce bar à boire verre sur verre, jusqu’à s’en rendre malade. Au bout de quelques minutes, il se lève, pose son verre sur le bar, et se dirige d’un pas résolu vers une porte située à l’extrémité du bar. Elle débouche sur un couloir faiblement éclairé, donnant sur une petite pièce meublée. Un homme l’attend, assis à une table de réunion, face à un fauteuil en cuir de bonnes dimensions.

« Lance Eriksen, je suppose ?
— Monsieur Johnson. »

L’homme doit avoir une quarantaine d’années bien entamée, les cheveux poivre et sel, deux Datajacks sur les tempes. Il a un visage rébarbatif laissant apparaître des marques de chirurgie esthétique, probablement afin d’effacer quelques rides. Son costume Armanté est taillé sur mesure, le modèle de cette année, à en juger la coupe caractéristique des revers, un discret symbole corporatiste fixé à la boutonnière. Federated Boeing.

« Quel temps, n’est-ce-pas ?
— euh... Oui, un vrai déluge », répond FENIX, un peu surpris.
Qu’est ce que c’est que cet amateur ?! Ou alors il se moque de moi...
« Vous pensez que ça va durer ?
— Ici, tout est possible. Mais vous vouliez me parler d’une certaine affaire, je crois ?
— Oui, excusez-moi. Voilà, il s’agit donc de s’infiltrer dans un complexe corporatiste sous une fausse identité, d’opérer un vol de données et de détruire certaines installations en rapport avec ces données, le tout en une journée. Avez-vous les compétences nécessaires ? Et êtes vous toujours intéressés ?
Ca ne va pas. Il récite, on a l’impression qu’il débute complètement.

« Oui...et oui. Avez-vous des détails ?
- 6Le complexe en question appartient à Telestrian. Il est situé dans Everett et l’opération doit avoir lieu dans deux jours.
— 20 000. »

Le Johnson écarquille les yeux d’un air un peu surpris.

« C’est cher, se plaint-il.
- Nous sommes deux, j’ai un équipier qui se chargera de la passe matricielle.
— 10 000 ?
— C’est 20.000 ou vous faites faire ça par un amateur qui va vous saloper le travail.
— Bon, fait le Johnson d’un air résigné, disons 20 000. Mais je veux un travail sans bavures.
— Vous l’aurez. Et moi je veux 10 000 d’avance. »

Un coup d’œil du Johnson au runner lui fait sentir que celui-ci n’aura aucun remord à quitter la pièce sur le champ si sa requête n’est pas satisfaite. A regret, il sort de son costume deux créditubes certifiés, qu’il pose sur la table, accompagnés d’une puce.

« Tous les renseignements sont dessus, y compris une adresse où me joindre.
— Très bien.
— Ici, dans deux jours à la même heure ?
— Cela me parait parfait.
— Je me demande quel temps il va faire demain... »

FENIX sort de la petite pièce, les créditubes dans sa poche. Il salue Blanchard d’un signe de tête puis retourne à la pluie et au vent, se dirigeant vers son véhicule. S’insérant doucement dans la circulation, une fois n’est pas coutume, il active l’Autonav et contacte Kaze.

« Kaze, je sors du rendre-vous.
— Alors ? fait l’asiatique.
— Ca pue. J’ai un Johnson de Federated Boeing qui veut récupérer des données chez Telestrian et faire disparaître tous les travaux sur place.
— Où est le problème ?
— On m’a envoyé un débutant.
— Et alors, toi aussi tu as débuté. Et c’était pas brillant, je peux te l’assurer... »
Ca m’apprendra à travailler avec d’anciens employés, tiens !

« Non, je me suis mal exprimé, on aurait dis un amateur.
— Ah. Alors, c’est probablement de l’interne. » Le decker Eurasien s’interrompt un moment. « Tu penses qu’en fait il roule pour son compte ?
— Oui. En plus, il avait un insigne de Federated Boeing. Comme si il tenait à se faire reconnaître comme employé pour cette corpo. Enfin bon, la routine. Je t’envoie une photo du Johnson, tu peux voir ce que tu trouves sur lui ?
— Ouaip. Je vais faire tourner Sakura sur ce type, sur Telestrian et Federated Boeing. Qui sait, il t’a peut être dit la vérité... »répondit Kaze au runner avec un sourire torve.

Sakura était un programme informatique de bonne taille aidant Kaze dans ses recherches. Il lui avait fallu risquer sa vie sur un serveur Yakashima pour pouvoir le coder, mais le résultat était à la hauteur des risques encourus.

« Ouais. Et moi je suis une prostituée à l’heure dans un Bunraku. Bon, tu me rappelles, je vais me renseigner de mon côté. Au fait...
— Oui ?
— On a deux jours.
— Il me faut une heure.
— C’est ça. Au boulot.
- C’est parti. »

Le runner coupe la connexion radio et se concentre sur la conduite. Malgré l’heure tardive, les rues de Downtown sont encore encombrées de noctambules, en route, pour la plupart, pour une de ces boites de nuit où ils pourront exprimer librement leur désespoir, au travers d’une débauche relativement obscène de lumière, de corps enfiévrés et luisants et d’odeurs corporelles peu ragoûtantes. Là, ils chercheront un partenaire d’une nuit qui partagera plus qu’il ne soulagera cette solitude qui les étreint. Au petit matin tout sera oublié et chacun mettra son costume corporatiste bien propre et s’en ira sur son unité d’esclavage personnelle, sacrifier au rituel de la déshumanisation, commodément appelé « productivité ». Puis, tout recommencera.

***

4 Mars 2062, 13th Regent St., Downtown Seattle, 23h45.

FENIX, ou plutôt Armitage, arrive finalement à son domicile. C’est un immeuble chic, bas, comme le sont toutes les habitations de Seattle, et qui semble briller d’un éclat noir mat, si une telle chose était possible. Sortant un Pass magnétique, le runner se rend au dernier étage, où son alter-ego réside. Armitage, un arrangeur haut de gamme censé être capable de trouver à peu près n’importe quoi. Cela fait maintenant quatre ans que ce personnage existe, et pour un certain nombre de personnes, il s’agit de quelqu’un de tout à fait réel.
Qui a dit que le regard des autres n’est pas important ? se dit amèrement le runner, en pensant à son existence de mensonges.

Il entre dans l’appartement impeccablement tenu. Son intérêt ne réside pas tant dans la superficie qui n’a rien de particulier, mais dans la vue : la baie de Seattle, avec, non loin de là, le Space Needle.
D’une pression sur un bouton, le répondeur est activé.
Une voie de femme traînante. Détendue. Mais dangereuse. Terriblement dangereuse.

« Armitage, c’est Molly. Je voulais savoir si tu as trouvé le petit Boost que je t’ai demandé. J’attends de tes nouvelles très vite. »

Le « petit Boost » dont parle Molly est en fait un système de câblage de grade élevé tellement envahissant que même les chromés les plus psychotiques évitent de se le faire poser, tant le coût en est lourd pour l’esprit.
Et dire qu’elle prend des drogues de combat, par-dessus ça... Un nouveau monstre. Espérons qu’on ne se retrouvera jamais en face à face... Bon, faut que je la rappelle, avant qu’elle n’essaie de me retrouver.

L’écran du vidéophone reste noir, tandis que la même voix traînante résonne dans le haut-parleur.
« Ouais ?
— Molly ? Armitage. Comment allez-vous, ma chère ?
— De mieux en mieux, fait-elle presque en ronronnant. Alors, où en est-on ?
— Il n’y a aucun problème, évidement.
— Parfait. Tarif habituel, j’imagine ?, lance-t-elle à regret.
— Bien sûr. La qualité se paie. Je préviens mon chirurgien.
— Parfait. C’est un vrai plaisir de faire affaire avec toi. Je te dépose le virement à la clinique.
— Très bien. C’est à regret que je te quitte, mais ce soir je crains d’être surchargé.
— Pas de problème. A la prochaine. »

Une fois la communication terminée, FENIX fit le tour de l’appartement, puis enfila son imper gris.
Rendons une petite visite à Mazer, maintenant.
Il reprit la voiture et se rendit dans le quartier de Bellevue, vers une petite tour d’une dizaine d’étages. Le rituel recommença : pass magnétique pour le hall et la porte d’entrée, après un bref salut au gardien.

***

5 Mars 2062, 13th Mulholland Dr., Bellevue, Seattle, 00h20.

FENIX entre dans l’appartement du dénommé Mazer, un cadre corporatiste travaillant prétendument chez Novatech et ne s’embarrassant pas de scrupules dans la conduite de ses affaires.
Toujours le même rituel : la messagerie vocale.
Tiens, rien aujourd’hui ?, se dit le runner en fronçant les sourcils. Je dois perdre la main, il va falloir me rappeler au bon souvenir de ces braves gens.
Puis, il lance un appel. « Oui ?
— Jason ? C’est Mazer. Comment vas-tu ?
— Pas mal. Et toi ?
— Disons que les affaires marchent.
— Rassure-moi, ça ne me concerne pas ?
— Non, en ce moment, je suis en plein programme de rachat de A.
— Tant mieux.
— Je me disais, serait-tu disponible par hasard demain soir ?
— Ca dépend.
— Disons, pour un repas au Eye of the Needle ?
— Je suis libre, fait Jason avec un grand sourire.
— Parfait. Ta famille va bien ?
— Oui, ma femme a eu une promotion. DRH.
— Tant mieux. Mais méfie toi des gens des Ressources humaines, ils ne sont pas comme nous, fait Mazer avec un rictus.
— A qui le dis-tu ?
— On se voit demain, 20h00 ?
— OK, à demain. »

Une heure passa, le runner faisant jouer ses contacts, essentiellement du milieu corporatiste, afin de trouver un maximum d’informations. Aux alentours de 2h00, FENIX avait fini de lancer ses recherches, il ne restait plus qu’à attendre les retours. Il se tourna vers la vaste baie vitrée couvrant le mur ouest. Elle occupait tout l’espace du mur et était en verre blindé, pas moins. Mais ce genre de petits sacrifices s’avéraient nécessaires dans ce métier si l’on voulait voir le prochain lever de soleil. La ville s’étendait face à lui, vaste, sombre, avec de nombreuses lumières un peu partout, comme une bête gigantesque dotée d’yeux sur tout le corps et qui aurait sans cesse faim. Seattle absorbe tout : nuyens, informations, personnes, encore et encore, insatiable.
Le vidéophone retentit alors. L’écran afficha le visage inquiet de Kaze.

« C’est moi, fait la decker.
— Du nouveau ?
— Pas mal. Ton bonhomme s’appelle John Sullivan. Et devine pour qui il bosse ?
— Aztechnology.
— Comment le sais-tu ?
— Moi aussi je fais mes devoirs.
— Bon, ça c’est une chose. Mais il y a un autre problème. En ce moment, Telestrian travaille sur un nouveau prototype d’implants. Ca ne colle pas. Pourquoi Aztech mettrait son nez la dedans ?
— Tu penses que c’est trop tôt ?
— Oui. L’intérêt d’Aztech est de laisser Telestrian développer la technologie, puis de se l’approprier. Là, il ne s’agit que d’un projet qui n’en est qu’à ses balbutiements. D’ailleurs, ça nous amène à un autre pan obscur de cette histoire...
— D’où le Johnson tient ses informations ?
— Exact. Il a une taupe chez Telestrian. Normalement ça ne nous concerne pas, mais bon, on est jamais trop prudent.
— Sinon, la passe proprement dite ?
— C’est prêt. Passe chercher tes identifiants chez moi. Je t’ai aussi commandé un splendide uniforme de techos. Tu es censé faire de la maintenance Hardware pendant deux jours. Essaie de pas foirer ta couverture, dit Kaze avec un sourire.
— Ben voyons. Donc, on est prêt ?
— Te fous pas de moi, on est jamais réellement prêt.
— Exact. Je passe tout de suite. »

***

5 Mars 2062, district d’Auburn, Seattle, 8h45.

Le garde à l’entrée est un homme brun, d’une trentaine d’années, manifestement disposé à faire de l’excès de zèle. Il examine attentivement le badge tendu par le technicien qui se tient devant lui, arborant une expression de bêtise la plus totale.
Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour être payé...

Finalement, après une ou deux questions de routine portant sur la supposée entreprise de maintenance ayant envoyé le soi-disant technicien, et une vérification parfaitement inutile auprès du central, Kaze ayant intercepté l’appel et modifié les fichiers, le garde fait signe à « Jason Hacksman » de passer.
Le runner entre dans le petit complexe corporatiste, celui-ci ne comptant que cinq bâtiments de quatre étages aux allures de bunkers de luxe.
Voyons voir...Bat 3, Et 2, Salle 91. Je vais commencer par faire un tour sur mon « lieu de travail ».

La salle s’avère être un centre de serveurs, pleine à craquer de machines diverses.
Merci, Kaze, tes leçons particulières d’informatique vont m’être utiles.

FENIX se mets au travail pour la forme, histoire d’habituer les autres employés à sa présence.
La journée se passe sans incident notable.
A 18h05, alors que FENIX est dans sa voiture, en chemin vers l’appartement de Mazer dans Bellevue, il reçoit un appel de Kaze.
« Salut, c’est Kaze. Alors, ta journée ?
— D’un ennui effrayant. J’attendais presque que quelqu’un arrive en criant "Trahison !". Ca m’aurait réveillé. Sinon, ça se passe pas mal. Et toi ?
— J’ai trouvé la cible. J’avais déjà localisé le bâtiment, celui où tu bosses, maintenant, j’ai sa localisation exacte, à l’étage au dessus du tiens.
— Parfait. Comment procède-t-on ?
— Tu te faufiles jusqu’à cette salle, j’aurai déverrouillé la porte, tu poses le relais et tu installes les explos. Une fois que j’ai fini, tu fais tout péter.
— Ca me parait un peu simple. Bon, on va bien voir. Ce soir, je vois un de mes contacts, on va voir ce qu’il sait.
— OK. Tiens moi au courant.
— Normal. A demain.
— Ouaip. »
Fin de communication.

***

5 Mars 2062, disctrict de Bellevue, Seattle, 19h00.

FENIX est arrivé chez Mazer. Il se prépare pour son diner avec Jason Lloyd. Jason est un cadre de chez Shiawase rencontré au détour d’une soirée huppée à Downtown, donnée par un puissant industriel voulant s’attirer les bonnes grâces de la haute société de Seattle.
Ayant prit une douche et passé un costumé Armanté de la dernière tendance à New York, FENIX vérifie ses e-mails en attendant l’heure. Puis, il se dirige vers le parking où est garée sa Ford Americar.
Au lieu d’investir dans des implants, je devrais me payer une Westwind. Si quelqu’un repère Mazer dans cette bagnole d’UCASien moyen, je suis foutu.

Il monte dans la voiture, met le contact et monte doucement la rampe menant à la sortie du garage.

***

5 Mars 2062, Eye of the Needle, Downtown Seattle, 20h00.

L’arrogant cadre corporatiste qu’est Mazer se présente à l’accueil pour réclamer la table réservée la veille. On l’installe dans une petite alcôve discrète dont l’éclairage tamisé se veut propice aux échanges plus ou moins occultes entre grands de ce monde.
Cette impression de puissance sous-jacente est renforcée par la vue : d’un côté, la baie de Seattle, donne accès sur le Pacifique, plein de promesses vers, qui sait, peut-être une vie meilleure. De l’autre, la ville, immense, tentaculaire, illuminée par endroits, sombre à d’autres, mais toujours menaçante pour celui qui connaît les réalités de ce monde.

FENIX, ou plutôt Mazer est interrompu dans ses réflexions par l’arrivée d’un cadre athlétique d’environ 35 ans, au visage sérieux et au pas mesuré. Il s’installe en serrant la main du cadre corpo présumé.

« Comment vas-tu ?
- Pas mal.
- La vue est toujours aussi belle.
- Oui. Tu prendras bien un apéritif ?
- Bien sûr... »

La conversation s’engage sur les sujets relevant de la pluie et du beau temps pour des gens de ce milieu : fusion acquisition, OPA hostiles ou non, emprunts obligataires, malversations diverses et autres... Au détour de la conversation, Mazer lance enfin à son invité :
« Tu as entendu l’affaire avec Telestrian ?
— Non, il se passe quelque chose ?, fait Jason en fronçant les sourcils.
— Ils semblent préparer un coup. Aztechnology serait impliquée, ce qui est assez curieux, vu qu’ils n’ont pas de rapports évidents.
— Ah ! Cette histoire...
— Laquelle ?, demande Mazer en faisant attention de masquer son intérêt.
— Et bien il y a pas mal de lutte de pouvoir dans cette corpo et je crois que le fils a été dépossédé. Mais comme il a des connexions chez Aztech, il ne se prive pas de les faire jouer.
— Tiens, j’avais jamais entendu parler de ça.
— Ca n’a pas fait la une non plus... »

Le repas se termine sans encombre notable et les deux cadres se séparent aux pieds du Space Needle. De retour à Bellevue, FENIX contacte Kaze.

***

5 Mars 2062, district de Bellevue, Seattle, 23h30.

« Kaze, c’est FENIX.
— Alors, bien mangé ?
— Encore heureux. Bon, j’ai ce qu’on cherchait. En fait, si Aztech est mêlée, c’est par le fils Telestrian qui s’est fait jeté et qui n’a pas apprécié. Et comme il avait quelques accointances avec le Big A, il en a profité pour compliquer la vie de ses anciens collègues. Et si on m’a envoyé un débutant, c’est pour qu’on pense qu’il s’agit d’un boulot privé.
— C’est plus ou moins ça.
— Ouaip, mais on avait pas prévu Aztech... Enfin normalement, ça devrait aller.
— Donc demain, le grand jour...
— Exactement.
— Soit pas en retard, 8h00.
— Toi non plus, je n’apprécierais pas vraiment.
— Bye. » Fin de communication.

***

6 Mars 2062, disctrict d’Auburn, Seattles, 12h45.

Profitant de la pause déjeuner, FENIX se glisse dans la salle des serveurs située à l’étage au dessus du sien. Les couloirs sont pour le moment déserts, éclairés par la lumière des néons. Il s’approche de la porte, sort son Pass magnétique. La diode passe au vert et la porte s’ouvre avec un faible chuintement. Le runner entre dans la salle encombrée d’ordinateur. Il se met alors au travail : il positionne le relais sur un serveur estampillé « Projet K », puis sort de sa caisse à outils pains de plastique et détonateurs radiocommandés. Dans la pièce attenante, un labo, pour le moment désert, contient divers instruments électroniques à l’usage mal défini.
FENIX commence à positionner les charges un peu partout dans la pièce. Au bout de cinq minutes, la voix de Kaze résonne dans le Commlink.

« C’est bon, j’ai fini.
— Pas de problème ?
— Le serveur était balaise, mais sinon ça va. Dépêche-toi, y a un garde qui vient.
— J’ai pas finis, tu peux pas le retenir ?
— Le verrou n’est pas connecté. Tu as quinze secondes.
— Pas le temps. Tant pis pour lui. »

Le runner quitte son ouvrage et se positionne en embuscade derrière la porte. Celle-ci s’ouvre sur le garde en poste à l’entrée du complexe la veille. Il a une main posée sur son arme, une électro-matraque Ares Arms.
Méfiant, celui-là. Bon, ce n’est pas très propre, mais...
Activant ses réflexes câblés, le runner se rue sur sa proie. Le temps lui semble se ralentir, le garde tentant de sortir son arme, mais lentement, trop lentement. En un dixième de seconde, FENIX a couvert les cinq mètres les séparant. Son corps amorce un coup de poing dévastateur, qui achève sa course dans le plexus de sa victime. L’homme s’effondre, inconscient.
Un Giaku... Vérifions si cet abruti est encore en vie, j’y suis allé un peu fort...

Après avoir pris le pouls du garde, FENIX termine son ouvrage et contacte Kaze.
« J’ai fini, je largue mon paquet et je mets les voiles.
— Ca marche, je te couvre. » Chargeant le garde sur son épaule, le runner sort de la pièce, vérifiant que le couloir est désert. Il abandonne l’infortuné garde dans un placard à balais et sort du complexe. Puis, il extrait une télécommande de sa combinaison et l’actionne. Une détonation assourdie retentit.
Voila. Plus qu’à se faire payer.

***

6 Mars 2062, le Gravity Bar, Downtown Seattle, 23h00.

FENIX est à nouveau installé face au Johnson. Celui-ci semble satisfait.
« Très bon travail. Voici la somme demandée.
— Parfait. Autre chose ?
— Je ne vois pas. Nous ne nous sommes jamais vu.
— Exact. »

Le runner sort du Gravity Bar sous une pluie battante et monte dans sa voiture. Bon, une bonne chose de faite. Faut que je passe chez Armitage. Mais avant ça, payer Kaze...
Après avoir effectuer le virement, FENIX se dirige vers l’immeuble de son alter-ego.

***

4 Mars 2062, Downtown Seattle, 23h30.

Secouant son imper trempé, il monte dans l’ascenseur, appuyant sur la touche du dernier étage. En arrivant sur le pas de la porte, une enveloppe kraft sans inscription, posée à terre.
Bizarre...

Le runner entre dans son appartement, enlève son manteau, puis revient à l’enveloppe posée sur la table, l’ouvre et s’immobilise, interdit.
Elle contient une photo, datée de quelques jours, à Tokyo, montrant une femme blonde, plutôt jolie, d’une petite trentaine d’années, en tailleur Armanté. Mais ce n’est pas ce qui tétanise FENIX.

Lydia !!
Lydia, morte carbonisée par un lance-flammes quatre ans plus tôt, avec ses deux enfants. Lydia, feu la femme de FENIX.

***

4 Mars 2062, Downtown Seattle, 23h45.

Après deux verres de scotch, ses mains ont arrêté de trembler, sa pulsation cardiaque est revenu à un niveau tolérable. Il fixe d’un air pensif la photo. Au dos, un rendez-vous. Le Matchstick, le 5 mars, 23h00.
OK, il me faut un Backup, ça sent le coup fourré à plein nez. Quelqu’un en qui j’ai suffisamment confiance...Le vidéophone...

« Léoric ?
— Tiens, FENIX, comment vas-tu mon grand ?
— On a fait mieux. Voila, j’ai un service à te demander.
— Dis toujours.
— J’aurais besoin de toi comme couverture, j’ai un entretien avec un Johnson, à priori.
— Depuis quand tu as besoin de quoi que ce soit pour négocier ?
— Disons que les circonstances sont particulières, je t’en dirai plus de vive voix. Je peux compter sur toi ?
— Ben écoute, y a pas de problèmes, rassure moi, c’est perso ?
— Autant qu’on peut l’être.
— Alors, ça marche.
— Merci... merci, vieux. Matchstick. 23h00. On se retrouve vingt minutes avant ?
— Pas de problème. A plus.
— Ouais, à plus. »
End of Transmission.

***

5 Mars 2062, le Matchstick, Downtown Seattle , 23h00.

Les deux Faces sont entrés sans aucun problème dans l’établissement, standing oblige. Léoric se place au bar attentif à tout mouvement suspect. Pendant ce temps, FENIX se rend à l’alcôve indiquée sur la photo. Un homme l’y attend. Japonais, la quarantaine corporatiste.

« Bonsoir. Vous êtes ponctuel.
— Vous avez fait ce qu’il fallait pour ça. Si nous en venions au sujet qui nous intéresse.
— Bien. Votre présence ici m’indique que vous avez bien reçu la photo. Cette personne a subtilisé un algorithme d’une importance capitale dans nos locaux à Tokyo. En faisant des recherches sur elle, nous sommes assez rapidement tombés sur l’existence d’un runner surnommé FENIX, en activité depuis maintenant quatre ans, date à laquelle nous avons aussi perdu un de nos agents.... Les dates correspondant, faire le rapprochement fut aisé.
— Vous voulez que je vous ramène ce foutu programme.
— Exactement. Vous nous avez paru être la meilleure personne pour ce travail.
— Très bien. Un million. Vous vous doutez que je ne vais pas m’adresser à des amateurs.
— ... Sans problème. Voici une puce avec les informations utiles, ainsi que les codes pour débloquer une avance de 50 000Y sur un compte situé dans une banque Off-Shore.
— Je veux aussi pouvoir explorer certaines bases de données de Renraku. Celles concernant les affaires où du « personnel extérieur » est utilisé. Mon dossier, entre autre, ainsi que d’autres qui lui sont liés.
— Cela est d’une toute autre nature... Disons que si vous acceptez un observateur durant ces recherches, il est possible que nous envisagions la chose.
— Alors je ne vois pas l’intérêt de nous éterniser. »

Le runner quitte l’alcôve, suivi peu après par le Léoric.
« Alors ?
— Tu fais quelque chose d’ici un mois ?
— A part Swift, non. Mais de toute façon elle est en vacances à Portland.
— Je viens de nous trouver un boulot pour Renraku.
— Dis moi, tu serais pas en train de te faire rattraper par de vieilles histoires ?
— Elles me reviennent en plein dans la tête. »

Les deux runners sont maintenant sortis du Matchstick et montent dans la voiture de FENIX. Léoric jette à celle-ci un regard amusé.
« Je sais, mais j’avais besoin d’une voiture qui n’attire pas l’attention.
— J’ai bien l’impression que c’est raté. Bon, qu’est ce qui se passe, fait l’elfe en attachant sa ceinture ?
— Voila, depuis la run en Australie sur SK, tu n’es pas sans savoir que j’ai débuté comme Johnson chez Renraku.
— Ouaip. D’ailleurs, mauvais choix, je te conseille plutôt Novatech.
— Admettons. Donc il y a quatre ans, toute ma famille a été exterminée au lance-flammes, continue FENIX d’un air sombre. Je ne m’en suis sorti que par miracle, brûlé de partout et dans l’état que tu peux imaginer...
— ...
— Depuis ce moment je cherche, mais sans succès. Hier, je trouve ça, dit FENIX en exhibant la photo.
— Ta femme, j’imagine...
— Exact. Que ce soit un faux ou pas, il faut que je découvre qui a fait ce montage, si c’est un montage, ou qui se fait passer pour Lydia.
— Et ?
— Lui faire payer. Lentement. C’est un sujet assez sensible pour moi.
— Tu m’en diras tant, fait le Léoric, le visage fermé, perdu dans ses pensées.
— Tu es avec moi ?
— ... Compte sur moi.
— OK, y a un avion pour Tokyo qui décolle demain à 14h35. »

FENIX allume le moteur de l’Americar et se met en route.

Téléchargez cette nouvelle (format .rtf, 52,5 ko) :

RTF - 52.5 ko
FENIX Story 2 - Réapparition
Enregistrer au format PDF