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Aliénation...

Aliénation...

Voici un passage de la préface de JC Michéa au livre “La révolte des élites” de C. Lasch:
“…Telle est bien, en définitive, l’aliénation spécifique dans laquelle se débat de nos jours l’individu libéral-libertaire , prototype humain désormais fabriqué en série, dont la gauche n’a pas le monopole, bien qu’elle constitue à l’évidence son refuge de prédilection.
Cet individu, en effet, doit s’imaginer en permanence qu’il est dans la marge afin de pouvoir continuer à se sentir dans la norme : il lui faut croire à tout instant qu’il vit dans la transgression, le libertinage et la volupté épicurienne – modes de vie bien évidemment au dessus de ses pauvres moyens – pour demeurer le pantin pathétique qui s’agite désespérément dans l’univers ennuyeux, tyrannique et puritain de la consommation obligatoire et de ses changements incessants.”
Ceci, bien entendu, s’applique à une multitude de situation. Et, parce que rien n’est facile, ceci demande à chacun une introspection sincère pour examiner dans quelles mesures on ne participe pas à cette aliénation...

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A lire aussi de Christopher

A lire aussi de Christopher Lasch : La culture du narcissisme

 

La figure de Narcisse, de la mythologie à la psychanalyse

Il convient d’éviter un contresens massivement répandu sur ce terme de narcissisme, que l’on prend communément pour un synonyme d’égocentrisme ou de vanité. Pour cela, il faut revenir à la légende grecque. On sait que Narcisse, fasciné par son reflet, finit par trop se pencher, tombe à l’eau et se noie. A trop s’aimer, il aurait provoqué sa perte.
Dans le langage courant, l’idée est restée : est dit narcissique l’individu qui a une trop grande estime de soi : il veut toujours être le centre de l’attention, il ramène tout à lui. Lorsqu’on accuse un écrivain ou un cinéaste de tomber dans ce travers, on lui reproche de faire des oeuvres nombrilistes, de se mettre outrageusement en scène. L’histoire de Narcisse pourrait donc être lue comme une mise en garde contre l’amour excessif de soi.


Néanmoins, le sens clinique du terme est à l’opposé de cette vision populaire. La clef du mythe est que Narcisse ne s’est pas reconnu dans l’eau. Il ne savait pas que c’était lui qu’il contemplait : « Narcisse se noie dans son reflet sans jamais comprendre qu’il s’agit d’un reflet, explique Lasch. Il prend sa propre image pour quelqu’un d’autre et cherche à l’embrasser sans penser un instant à sa sûreté. La leçon de l’histoire n’est pas que Narcisse tombe amoureux de lui-même mais que, incapable de reconnaître son propre reflet, il ne possède pas le concept de la différence entre lui-même et son environnement. »


C’est pourquoi au sens clinique, le narcissisme est une pathologie de la personnalité. L’individu qui en souffre a sans cesse besoin d’attirer l’attention sur lui non par satisfaction mais par manque. Il se montre étouffant pour les autres, dont il ne sait pas prendre en compte les désirs, du fait de son manque d’empathie. C’est pourquoi, il ne cherche dans la relation à autrui que sa satisfaction. Il a tendance à se comporter en parasite de son entourage ; il vampirise leur énergie, leur bonne volonté, tout leur temps parce qu’il est foncièrement incapable de se supporter. Il veut les placer sous sa dépendance et se donner le sentiment de les dominer, afin de compenser ses propres carences en terme d’estime de soi.

Une culture de l’infantilisation

A l’opposé de tout égoïsme (qui suppose au moins la capacité à définir rationnellement son intérêt et ses chances de réussite), le type du narcissique se caractérise donc par la détresse et l’anxiété permanentes face au monde, en particulier par une incapacité à constituer un rapport apaisé à son environnement.


« Malgré ses illusions sporadiques d’omnipotence, Narcisse a besoin des autres pour s’estimer lui-même ; il ne peut vivre sans un public qui l’admire. Son émancipation apparente des liens familiaux et des contraintes institutionnelles ne lui apporte pas, pour autant, la liberté d’être autonome et de se complaire dans son individualité. Elle contribue, au contraire, à l’insécurité qu’il ne peut maîtriser qu’en voyant son « moi grandiose » reflété dans l’attention que lui porte autrui, ou en s’attachant à ceux qui irradient la célébrité, la puissance et le charisme » [7].
Pensons par exemple à l’apprenti-comique joué par De Niro, dans King of Comedy de Scorcese, dont le seul rêve est de passer dans le show télévisé à la mode et qui, pour arriver à ses fins, finit par prendre en otage le présentateur qu’il idolâtre.


La société contemporaine, estime Lasch, nous maintient ou nous ramène dans un était immature en nous promettant, via la publicité ou la propagande pour le progrès, des satisfactions illusoires, engendrant de ce fait un surcroît de frustrations et d’angoisses. Pourquoi ne suis-je pas épanoui, riche et génial comme on me l’a promis ? se demande le narcisse d’aujourd’hui, désarçonné quand ses rêves finissent par se heurter à la réalité.
Il n’est donc pas si certain que notre civilisation des Lumières soit encore à même d’amener tout homme à l’état de maturité : elle croit être sorti pour de bon de l’enfance de l’humanité, des conflits avec la nature et des drames de l’histoire.


Incapable de combler ses désirs, replié sur lui-même, le narcissique éprouve toutes sortes de représentations déprimantes : peur de vieillir en particulier, peur de la décrépitude physique et de la mort. Coupé des autres, sans relations stables, le narcissique comprend que l’avancée dans l’âge ne peut être synonyme d’accomplissement, mais d’affaiblissement et de solitude accrue. Pour contrer ces images, il développera des fantasmes qui serviront de défenses psychiques : exaltation idéalisée de sa personne, espoirs délirants d’une fusion cosmique (mentalité New Age), quête spirituelle de pureté (gnosticisme), rejet du passé et attentes irréalistes quant à l’avenir (idéologie progressiste) etc.
« En prolongeant le sentiment de dépendance jusque dans l’âge adulte, la société moderne favorise le développement de modes narcissiques atténués chez des gens qui, en d’autres circonstances, auraient peut-être accepté les limites inévitables de leur liberté et de leur pouvoir personnels – limites inhérentes à la condition humaine – en développant leurs compétences en tant que parents et travailleurs ».


Lasch décrit tout le contraire d’une culture de l’égotisme ou de l’orgueil. Bercé d’illusions quant à la possibilité d’être en paix avec lui-même et de s’accomplir, le narcissique ne fait que s’enfoncer dans ses troubles. Le remède semble donc aggraver le mal : c’est pourquoi Lasch pointe la responsabilité de l’institution psychanalytique.

La suite ici : http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article382

" Ne pleure pas celui que tu as perdu, au contraire, réjouis - toi de l'avoir connu. " JL. Trintignant

" Rien ne se passe à moins que, tout d’abord, nous rêvions." Carl Sandburg

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Et encore ceci : "Le Moi

Et encore ceci : "Le Moi assiégé, essai sur l'érosion de la personnalité" du même C. Lasch.

" La guerre des sexes

Autre échec pointé par Lasch, celui de la libération sexuelle. Celle-ci a voulu satisfaire des demandes d’émancipation de la femme par rapport à son rôle de mère. Mais il n’est pas si certain, selon Lasch, que cela ait fait leur bonheur : au lieu d’être soumises à leur mari, elles se sont retrouvées de plus en plus sous la coupe de leur patron, de leur banquier. Qui plus est, les revendications féministes n’ont pas eu les effets escomptés : au lieu d’un apaisement des relations de couple, elles ont déclenché une nouvelle guerre des sexes. L’homme, faute de correspondre à l’ami idéal, au tendre compagnon, est considéré à présent comme un rival, un phallocrate. Le même mécanisme narcissique est encore à l’oeuvre : des désirs excessifs ne peuvent être satisfaits et engendrent en retour des frustrations inédites. Le mythe du prince charmant continue donc de faire des dégâts... Lasch ne parle pas en misogyne qui proposerait un retour de la femme au foyer. Il montre que l’équilibre ancien du couple a été rompu au profit d’une situation de rivalité généralisée entre hommes et femmes : la libération annoncée n’a pas su aboutir à un équilibre meilleur [25]


Pire, la sexualisation inconditionnelle de la relation amoureuse (droit à l’orgasme) se fait au prix de ce que Lasch appelle une fuite devant les sentiments (flight from feeling). Les individus ne ressentent plus rien, ni des sentiments des autres ni d’eux-mêmes. Ils voudraient être des machines à jouir, sans entraves, mais leur chair est plus triste que jamais... L’idéal d’épanouissement absolu par la sexualité aboutit à des hommes et des femmes névrosés, hostiles les uns aux autres.


Le modèle du libertinage bourgeois, en « contaminant » les différentes couches de la société, fait sauter toute la distance polie qu’hommes et femmes avaient su établir entre eux. Chaque sexe ne se faisait pas trop d’illusions sur les faiblesses de l’autre. Il apprenait à les accepter, avec un mélange d’ironie et de bonhomie. En s’attaquant à la vie de famille précairement maintenue dans les milieux modestes, l’idéologie libertaire a constitué une nouvelle forme de lutte des classes.

..."

La suite ici aussi : http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article382

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